#23 – Ces femmes qui nous donnent l’impression d’être nulle – Partie 1 : la collègue parfaite

by Mrs W.
Pourquoi certaines femmes un peu trop parfaites à notre goût arrivent-elles à nous donner l’impression d’être nulle et douter de nous ? Comment se défaire de la comparaison et la jalousie? Je vous partage mon expérience avec la collègue parfaite

C’est pareil à chaque fois. Simplement les regarder me fait sentir à quel point je ne suis pas à la hauteur.

Sans même qu’elles ne s’en rendent spécialement compte, certaines personnes ont le chic pour piquer quelque chose d’indéfinissable dans notre amour-propre et estime de soi. Elles nous donnent carrément l’impression d’être nulle et avouons-le, elles peuvent susciter l’envie ou même une certaine jalousie.

En même temps, ce n’est pas comme si on allait leur donner des indices de notre malaise. Hors de question. On va surtout garder tout ça bien au chaud à l’intérieur.

Et si aujourd’hui on faisait exception et révélait enfin ce secret de polichinelle ? En paraphrasant l’intro d’une série policière que j’adore suivre, je vous propose d’en dresser presque un profil :

« Dans le milieu professionnel ou privé, une catégorie de personnes sont considérées comme particulièrement énervantes. Sévissant à New York, Bruxelles, Paris ou toute autre ville de votre choix, elles ont presque l’air sans le savoir de faire partie d’une unité d’élite appelée Unité Spéciale pour vous donner l’impression d’être nulle et vous faire douter de vous. Voici leurs histoires. »[1]

Je propose de commencer cette nouvelle série de trois épisodes autour du thème « Ces femmes qui nous donnent l’impression d’être nulle » en examinant le cas de cette personne un rien trop parfaite dans notre entourage. On en a tous rencontré une, par exemple dans le cadre professionnel : la collègue parfaite. Besoin d’une reconstitution des faits ? Je vous donne ma version en vous promettant toute la vérité rien que ma vérité.

Pourquoi certaines femmes un peu trop parfaites à notre goût arrivent-elles à nous donner l’impression d’être nulle? Comment se défaire de la comparaison et la jalousie? Je vous partage mon expérience avec la collègue parfaite.

Sommaire (temps de lecture : 7 min)

  1. Lieu et scène du crime
  2. Usual suspect : la collègue parfaite
  3. Comportement de la suspecte: être parfaite tout le temps
  4. Verdict : coupable !
  5. Conclusion : entre jalousie et réalisme

1. Lieu et scène du crime

Je venais de débuter ma carrière d’avocate dans un gros cabinet d’affaires (pour mon parcours voyez about me).

On le sait maintenant, quand on démarre un nouveau job, tout peut paraître génial au début puis vient le moment où tu t’assieds à ton bureau pour faire ce pourquoi on t’a embauché : trouver des solutions à des problèmes complexes, bref travailler quoi.

Sauf que…Comment dire…On ne t’a pas appris.

Comment le dire autrement ? Tu ne sais encore RIEN.

Je continue ? Alors toi et tes deux dossiers, vous vous regardez en chien de faïence. C’est bien tout ça mais à qui poser mes bêtes questions ?

Même si ton chef t’a assuré avec le sourire qu’il n’y a pas de bête question (ne le crois pas) et que tu peux venir le trouver si besoin, au fond de toi tu sais très bien qu’en réalité, il existe bien des questions très bêtes (la preuve tu en as une flopée) et tu ne vas quand même pas aller le déranger pour lui demander comment fonctionne le scanner ou des futilités du genre.

C’est là.

Oui c’est précisément à ce moment-là de désespoir qu’elle est apparue comme un ange tombé du ciel: la collègue de travail parfaite.

2. Usual suspect : la collègue parfaite

Il y avait un côté pratique puisqu’elle était dans le bureau situé à côté du mien. Elle était plus expérimentée et ne travaillait pas pour le même boss que moi, donc techniquement on n’était pas en concurrence (contrairement à celle qui m’avait gentiment doublé dans l’épisode 1 sur la concurrence au travail).

Sa porte était toujours ouverte et elle était disposée à répondre à la moindre question que j’avais qui s’avérait un peu trop embarrassante pour la poser au boss.

Elle était grande, mince avec une petite coupe garçonne qui lui donnait un air assez sérieux contrebalancé par son sourire naturel et ses yeux pétillants.

Pourquoi certaines femmes un peu trop parfaites à notre goût arrivent-elles à nous donner l’impression d’être nulle? Comment se défaire de la comparaison et la jalousie? Je vous partage mon expérience avec la collègue parfaite.

Elle inspirait la confiance.

On aurait eu du mal à croire qu’elle était encore stagiaire avocate, comme moi, vu l’assurance qu’elle dégageait quand elle marchait dans les couloirs d’un pas assuré avec ses dossiers à la main en convainquant presque sans effort son chef de la stratégie à adopter sur un cas épineux.

Nous l’appellerons Bérénice pour les besoins de la cause.

3. Comportement de la suspecte : être parfaite tout le temps

A. Un savoir-faire et une organisation hors pair

J’étais bluffée par le savoir-faire de Bérénice:

  • non seulement, elle brassait énormément de travail
  • mais elle était parfaitement organisée (pour la bordélique que j’étais, ça me changeait mais paraît-il Einstein était aussi bordélique alors laissez-moi me rassurer comme je peux).

Revenons à nos moutons ou plutôt à la perfection incarnée :

  • Réglée comme une horloge, Bérénice arrivait et partait tous les jours à la même heure atteignant une productivité jamais égalée alors que moi j’étais abonnée aux nocturnes (notamment quand je rencontrais des petits soucis d’ordinateur suicidaire comme dans l’épisode 10).
  • Et comme si ça ne suffisait pas, elle avait une vie en dehors du bureau  alors que tout semblant d’activité récréative ou sportive avait été banni de mon vocabulaire (voir épisode 6 sur la puissance du non où j’aborde l’épuisement professionnel).

Pourquoi certaines femmes un peu trop parfaites à notre goût arrivent-elles à nous donner l’impression d’être nulle? Comment se défaire de la comparaison et la jalousie? Je vous partage mon expérience avec la collègue parfaite.

B. Parfaitement aimable

Elle avait même eu la courtoisie d’inviter toute l’équipe au cocktail de son mariage, y compris moi, alors qu’en soi je ne la connaissais que depuis quelques jours.

J’avais été vraiment touchée alors qu’en fait plus tard j’ai réalisé que :

  1. cela faisait partie des usages et
  2. qu’en plus, une partie des coûts du mariage pouvait être déduite fiscalement en frais professionnels (je vous dis l’efficacité jusqu’au bout chez Bérénice, à l’époque ça ne m’aurait même pas effleuré l’esprit).

Pendant ce temps-là, je n’étais même pas à l’aube du commencement d’une histoire digne de ce nom (vous n’avez pas lu l’épisode 3 « Et sinon c’est quand que tu te maries ? »).

C. Zéro faute ?

Tout ce qu’elle touchait se transformait en succès alors que moi je galérais sérieusement avec la nette impression que tout me demandait effort, difficultés, avec des résultats mitigés ou du moins pas à la hauteur de mes espérances.

Elle était si complice avec son chef alors que je subissais régulièrement les foudres de certains supérieurs ayant des difficultés à gérer leur stress. Et le pire dans tout ça c’est qu’elle était très aimable et accessible. Décidément, je ne pouvais même pas la détester en paix.

Comme le chantait le grand Koffi Olomide : zéro faute[2].

Pourquoi certaines femmes un peu trop parfaites à notre goût arrivent-elles à nous donner l’impression d’être nulle? Comment se défaire de la comparaison et la jalousie? Je vous partage mon expérience avec la collègue parfaite.

En fait, je viens d’avoir une épiphanie, Bérénice, la fille parfaite, c’est pratiquement la version féminine du Blond dans le sketch de l’humoriste Gad Elmaleh (si vous ne l’avez pas vu, je vous le conseille ici ).

En bref, on dirait que rien ne représentait un effort pour elle alors que je vivais dans le même couloir une expérience diamétralement opposée.

4. Verdict : coupable !

Au fond, quand j’y pense, le seul délit qu’elle ait commis c’est d’être elle-même.

Elle n’avait rien fait de particulier et pourtant elle m’énervait, me faisait douter de moi. Il était clair qu’à côté d’elle, j’étais loin du compte, voire carrément nulle.

Mais comment elle faisait, bon sang, pour être si parfaite partout et tout le temps ?

  • L’AUTRE CE N’EST PAS TOI : C’était tout à fait ridicule de comparer notre expérience puisqu’elle avait deux années d’avance sur moi. Ca remettait déjà les choses en place (j’en parlais déjà dans l’épisode 1 avec une collègue concurrente plus expérimentée).

Arrêter de se comparer aux personnes de notre entourage professionnel et se construire son propre chemin

  • LAISSER LE TEMPS : comme je le racontais déjà dans l’épisode 1 sur la concurrence et l’épisode 14 sur l’auto-motivation, le temps m’aura permis de gagner à mon rythme en assertivité et en expertise. Evidemment que Rome ne s’est pas construite en un jour, il fallait me laisser le temps de déployer mes ailes et ces choses-là prennent du temps. Plusieurs années plus tard, Madame-je-ne-sais-pas-comment-fonctionne-le-scanner allait publier plusieurs ouvrages juridiques, et allier l’enseignement à l’université à une carrière d’avocate agrémentée d’expériences à l’étranger. Avant de douter, il faut peut-être se laisser le temps d’y arriver non ? Qui a dit que tout devait se réaliser le jour 1 ?

 

  • QUI EST DANS LES COULISSES ? Quand on regarde le produit fini ça claque, ça brille, ça en jette mais avant de poser un jugement sur une personne soit-disant parfaite, brillante, au top de son domaine, peut-être faut-il se demander au prix de quels efforts, de combien de nuits blanches, sueur et dur labeur elle en est arrivée là (je n’étais pas là aux débuts de Bérénice).

Prendre le temps de se construire peu à peu dans sa carrière et arrêter de se comparer aux autres

Petit exemple concret: Alors que je coachais récemment un étudiant très prometteur aspirant à commencer un stage d’avocat,  celui-ci m’a glissé à la fin de notre entretien à quel point cela lui faisait du bien de voir une femme de couleur « avoir réussi ». Il m’expliquait que cela lui donnait d’autant plus de raison de croire qu’il pouvait y arriver, lui aussi, et que sa différence n’était pas une barrière mais un atout. En toute honnêteté, cela m’a énormément touché.

C’est ce ce genre de petites phrases qui permettent de se retourner sur le chemin parcouru et être fière « parce qu’on vient de loin » comme le chantait Corneille.

Mais encore une fois, ce jeune étudiant brillant qui me voit aujourd’hui si confiante, lui transmettant le peu que je sais, n’était pas là non plus à mes débuts très hésitants dans le cabinet.  Le chemin fut long et laborieux et n’est pas fini…

Article lié : Les 3 leçons de ma rencontre avec Michelle Obama (à une plus grande et noble échelle bien entendu)

Cela n’empêche que c’est plus fort que nous : les « Madame trop Parfaite » que nous croisons dans notre vie quotidienne nous énervent, mais plus grave encore, nous font parfois douter de notre aptitude à y arriver un jour.

Peut-être parce qu’elles nous ramènent à ce que nous voudrions être et que nous ne sommes pas (encore )?

5. Conclusion : entre jalousie et réalisme

1) Accepter notre réalité

Il faut froidement l’admettre : le problème n’est pas franchement Bérénice ou quelle que soit le nom de la collègue parfaite mais plutôt nous qui sommes simplement coupables de jalousie.

Cette réaction en dit finalement davantage sur l’état de notre cheminement ou plutôt sur le manque d’acceptation de notre propre cheminement qui peut être long.

Alors face à ce sentiment tout à fait humain, il n’y a pas de meilleure remède que de se recentrer d’urgence sur son propre parcours et ses propres possibilités d’évolution qui vont parfois même au-delà de ce qu’on imagine ou de ce que ces personnes qu’on estime « supérieures à nous » pourront un jour accomplir.

Et si on y réfléchit bien, on peut, sans le savoir, être la Bérénice ou la « Madame trop parfaite » (ou « le blond » pour reprendre l’expression de l’humoriste) de quelqu’un d’autre.

Pourquoi certaines femmes un peu trop parfaites à notre goût arrivent-elles à nous donner l’impression d’être nulle? Comment se défaire de la comparaison et la jalousie? Je vous partage mon expérience avec la collègue parfaite.

Dans mon cas, en étant une des rares personnes de couleur à intégrer un très gros cabinet d’avocats dont la réputation n’était plus à faire dans la capitale, tout avait l’air de marcher de l’extérieur.  Je déambulais avec mon tailleur et mes escarpins (sur le style et l’apparence on fleek, voy. l’épisode 18), et mes dossiers (du moins quand on ne me les piquait pas), côtoyant des hommes et femmes de loi qui avaient l’air importants (du moins ils s’en persuadaient).

Finalement de quoi je me plaignais ? J’y étais arrivée non ? J’étais Madame l’avocate fancy ?

C’est bien la preuve que l’air ne fait pas la chanson.

Avant de s’auto-flageller ou d’envier le sort soi-disant « parfait » de sa voisine, il peut être bénéfique de regarder plus loin que le bout de son nez et se rendre compte que la vie ne se résume pas à son petit couloir (d’avocats ou tout autre métier que vous exerceriez) et que non,  tout n’ira pas toujours comme on le veut au rythme où on veut.

2) Certains seront meilleurs que nous

C’est la vie et ça ne nous dispense pas de nous bouger sérieusement et activement pour atteindre le graal tant souhaité : la Bérénicite aigüe ?

Pas vraiment, plutôt la construction de ce que NOUS sommes capables d’offrir dans ce bas monde avec NOS propres moyens, nos propres talents (comme on en parlait dans l’épisode 15 sur les talents à développer) notre propre style, qui ne sera peut-être pas parfait mais sans aucun doute pourra apporter une valeur ajoutée, déjà de par notre singularité.

J’ai guéri des filles parfaites de ce monde le jour où j’ai compris que rien n’allait m’être donné comme un cadeau et que s’il fallait que je me batte deux fois plus pour y arriver, avec des supérieurs pas toujours faciles, j’allais le faire sans rechigner pour arriver là où je voulais arriver. Pas le choix.

Arrêter de se comparer aux autres au travail et accepter sa propre évolution

Et puis, ce monde n’est pas toujours juste.

Le groupe IAM le chantait si bien dans les années 90 (mon amour des années 90 est indéfectible):

« La vie est belle le destin s’en écarte
Personne ne joue avec les mêmes cartes
Le berceau lève le voile, multiples sont les routes qu’il dévoile
Tant pis on n’est pas nés sous la même étoile »

*          *          *

Certains de mes proches sont parfois surpris du contenu de mes écrits onze ans après car lorsque je vivais ces épisodes en live je ne m’en plaignais pas spécialement mais faisais avec (deal-with-it-attitude).

Il faut croire que c’était la bonne attitude. 

Plutôt que d’essayer d’être une Bérénice, j’ai décidé d’être Mrs W. avec mes hauts et mes bas et suis arrivée quelque part sans devoir rougir ou me comparer à ces personnes qui n’ont rien demandé mais vivent leur vie en paix tout simplement.

Vivons la nôtre, alors. Ce n’est pas comme si on avait le choix…

Je vous laisse avec cette citation venant, paraît-il, d’Oscar Wilde :

« Be yourself, everyone else is taken »

« Soyez vous-même, les autres sont déjà pris »

*          *

*

Et toi, tu en as croisé des filles trop parfaites ? Ca ne te fait ni chaud ni froid où ça te titille aussi ? Parfois, cela vaut la peine de se poser la question.

On est ensemble,

Mrs W.

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[1] Je paraphrase ici l’introduction de la série New York Unité Spéciale et New York Section Criminelle que j’adorais regarder le samedi soir et m’endormir devant au bout du deuxième épisode, tout un concept… Inutile de souligner que je ne veux nullement associer ces filles aux horribles criminels de ces séries. Je préfère préciser, on ne sait jamais.

[2] Il s’agit du titre d’une chanson d’un artiste de la chanson congolaise qu’on ne présenterait presque plus, Koffi Olomide (Je suis belge originaire du Congo RDC). Pour la petite histoire, mon papa nous faisait écouter en boucle dans les longs trajets en voiture. Pour les curieux : cliquez ici

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